Mercredi 21 décembre 2005
L'Inde, d'une superficie égale à l'Europe moins la Russie, est séparée du reste de l'Asie par l'immense chaîne de l'Himalaya. Le sud de la péninsule s'élance vers l'océan Indien, entre la mer d'Arabie et le golfe du Bengale. Bien que d'une grande diversité climatique et géographique, le climat en Inde, d'une manière générale, est extrême. Il est sujet à des changements brusques et violents, au déferlement des pluies de la mousson, aux inondations, érosions, températures extrêmes, et tempêtes tropicales. On peut y distinguer quatres saisons : un hiver relativement frais et sec entre décembre et février, suivi par un été chaud et une sécheresse accrue entre mars et mai ; arrive ensuite la mousson entre juin et septembre, et enfin une période transitoire entre octobre et novembre où les pluies se retirent graduellement. La mousson, portée par des vents maritimes de sud-ouest, couvre 90 % des pluies annuelles. Elle est donc attendue avec impatience par les indiens. Elle touche la pointe sud de l'Inde vers le début juin pour atteindre Bombay après une dizaine de jours. Elle balaie alors toute la partie méridionale de la péninsule, composée géographiquement par le plateau du Deccan, qui prend la forme d'un triangle tourné vers le bas. Soulevé à l'ouest pour former une chaîne montagneuse (les Ghats occidentaux) qui culmine à 2695 m d'altitude, ce plateau, d'une altitude moyenne de 1000 m, s'abaisse au fur et à mesure qu'il s'avance vers l'est. Il forme alors un ensemble de collines et de plaines appelé les Ghats orientaux. Ainsi, tous les principaux fleuves de cette région s'écoulent d'ouest en est. Les forêts montagneuses du sud de l'Inde, avec leur climat tropical, abritent de nombreuses réserves et parcs nationaux où s'épanouissent une flore et une faune importante. L'Inde est, ne l'oublions pas, une des dix terres au monde qui possède le plus grand nombre d'espèces animales, et aucune autre région, à part l'Amérique du sud, n'accueille autant d'oiseaux différents. Après avoir arrosé la majeure partie du plateau du Deccan, une deuxième branche de la mousson arrive alors par le nord-est, pour envahir successivement les régions de l'Assam et du Bengale, très humides, et l'état du Meghalaya qui possède le taux annuel de pluviosité le plus élevé au monde (10900 mm). Remontant ensuite d'est en d'ouest la plaine du Gange, qu'elle délivre de ses températures caniculaires (jusqu'à 50°), et les régions montagneuses de l'Himalaya, elle se fond dans la première vague pour n'en former qu'une vers la mi-juin. Elle mettra encore un mois pour parcourir les régions du nord-ouest, composés pour l'essentiel de la zone de Delhi, du désert du Rajasthan, des plaines fertiles du Penjab et du Cachemire.
L'Inde, disons-nous, patrie des pluriels unifiés, est bien certainement la terre la plus capable d'étonner, d'attirer, d'irriter, de séduire le marchand et le missionnaire, le poète, l'indianiste et le philosophe, l'homme enfin, quel qu'il soit, et plus spécialement, l'homo occidentalis du XXème siècle crépusculaire, qui s'interroge, se cherche et ne se connaît plus.
Jean Biès, (1973)