Moins par le nombre d'habitants que par sa diversité, sa richesse, et son intelligence. La diversité des origines d'abord, entre les peuples issus de la culture dravidienne au sud de l'Inde (25%), et ceux issus de la culture indo-aryenne, venus du nord (72%), sans oublier les populations de type "mongole" venue des régions himalayennes, ainsi que les nombreuses tribus. La richesse de la culture ensuite, vieille de 5000 ans, ses diverses écoles artistiques et les innombrables formes d'artisanat ; la richesse de la religion dans son insondable profondeur comme dans la diversité foisonnante de ses manifestations et traditions. L'intelligence d'un peuple enfin, qui a su donner à ce pays maintes fois colonisé une forte identité et une étonnante stabilité démocratique malgré la pauvreté et les divisions (25 états, 15 langues principales, une mosaïque de dialectes et d'innombrables castes) ; sa faculté à surmonter les obstacles, à absorber les catastrophes et son aptitude à apprendre, qui en fait un "gisement de cerveaux" pour les pays riches, notamment dans le domaine de l'informatique — l'Inde envoie six fois plus d'étudiants à l'université que la Chine. La rencontre avec les enfants y est une source constante de bonheur et d'émerveillement. Le nombre d'enfants par famille, aujourd'hui de 2.9, a beaucoup diminué. L'âge moyen en Inde est de 24 ans pour une espérance de vie de 64 ans. Les indiens, pour une grande majorité, sont soumis à une stricte hiérarchie des droits et des devoirs. Par la famille tout d'abord, qui structure chaque individu, par le système des castes ensuite, divisé essentiellement et originellement en 4 groupes (brahmanes, prêtres ; kshatriyas, guerriers ; vaishyas, marchands ; shûdras, travailleurs manuels), et par les traditions enfin, comme celle, très forte, du mariage. Cela en fait une société bien plus organisée qu'il n'y paraît, une société, si l'on peut dire, en "roue libre", sur laquelle l'état et les institutions n'ont que peu de pouvoir. Dans leur vie, les indiens sont occupés à 60% par l'agriculture, 23% par les services, et 17% par l'industrie. Mais la tradition du renoncement est forte en Inde. Avec sa robe safran, le sâdhu est un moine ascétique que l'on rencontre un peu partout, et qui, vivant d'aumônes, a renoncé aux biens de ce monde. En dépit de leurs conditions de vie assez difficiles, les indiens sont plutôt coquets. Ils font preuve, en tout cas individuellement, d'un étonnant sens de l'hygiène et de la propreté. Ils aiment à bien se vêtir, notamment lors des fêtes familiales ou religieuses. Les femmes sortent alors leur plus beau sari et se parent de nombreux bijoux et de marques diverses comme le fameux tilak sur le front. Quant au sari, cette pièce de tissu de 5 mètres de long, il donne à la plus pauvre des paysannes, et quelque soit son âge, des allures de déesse de temple. "Dans ce pays de lumière, ils comprennent, avec cet instinct naïf des enfants et des artistes, qu'il faut tout sacrifier à la fête des yeux, au rayonnement des splendides couleurs."(4) Tout cela ne doit pas nous faire oublier la misère dans laquelle vit une grande partie de la population et la rigidité de certaines traditions, au premier rang desquelles l'intouchabilité et le système de la dot, qui font porter sur les enfants et les femmes en particulier des conséquences malheureuses
Depuis ses débuts jusqu'au temps présent, la philosophie des Indiens n'est jamais demeurée une explication purement théorique du monde, mais elle a toujours pris la forme d'une pratique de vie. Du fait que la plupart de ses représentants importants s'engagent dans une voie tournée vers le monde intérieur et dirigent leur intérêt avec prédilection vers les mystères de l'âme individuelle, les Indiens sont parvenus, de bonne heure, à des résultats touchant le domaine psychologique que l'Occident n'a utilisés qu'à la période contemporaine sous formes de "psychanalyse", "self-training" etc... Même si c'était une lourde erreur de tout accepter des Indiens sans critique et de "le transposer en totalité dans notre mentalité", il n'y a, toutefois, aucun doute que l'Occident ait encore, à cet égard, beaucoup à apprendre des Indiens. Mais surtout, le monde spirituel indien, comme l'extrême-oriental, peut communiquer à ceux qui s'y adonnent, un patrimoine que bien peu de penseurs sont capables de transmettre à une Europe en perpétuel mouvement et toujours secouée par de nouveaux accès de fièvre : cette tranquille sérénité supra-terrestre qui se reflète sur le visage des grandes lumières et des grands vainqueurs du monde.
H. De Glasenapp (1949)
SYLVIE


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